Lolo, Maxito, Suzi et les autres
Ici comme au Portugal, nous sommes au pays des diminutifs. Personne ne se présente sous son vrai prénom. Comme l'autre cinglée qui dit s'appeler rosée (rosio) et en fait se prénomme Asuncion beaucoup moins exotique. Des fois c'est évident comme Allie pour Alexandra, des fois c'est plus subtil comme des restes d'école ou d'aspect physique : gordito. Et oui les gens s'interpellent ainsi gordito prend du pain. Oui Flaca. Vous vous voyez vous appeler votre mari mon gros ? A chaque fois Olivier me jette un regard noir, n'y pense même pas semble-t-il dire. Toute cette histoire de surnoms nous complique l'intégration. Nous voici invités chez un couple de relations. Depuis le début, ils se sont présentés comme Jano et Jessica. Facile. Tu connaissais Jano ? me demande Olivier non ce doit être chilien. Et Jessica devient une amie. Nous déjeûnons ensemble, et tranquillement, elle me reconte sa matinée avec Alexandro. Ils ont l'air intime, ils riaient au lit. Ai-je râté quelque chose ? Choisissant de ne manifester aucune désaprobation, je lui demande mine de rien. C'est qui au fait Alexandro ? Enfin Sophie c'est mon mari ! Et voilà encore une presque gaffe, elle en a bien ri.
Cette semaine, nous invitons un groupe de franco-chiliens. Lui se présente en Français, elle en espagnol. Elle parle vite, je râte le prénom. Pendant toute la soirée, je tenterai de le saisir. Inévitablement son mari utilise un doux nom incompréhensible, un truc en i. Au bout d'un moment, il m'est impossible de reposer la question. On pourrait croire que je suis une mauvaise hôtesse. Je compte sur mon mari qui a l'air de suivre. Ils partent. Ils étaient sympa non ? Oui elle s'appelle comment ? Mes espoirs s'effondrent. Un truc en i. Donc nous l'avons baptisée Mimi. Et nous nous sommes promis de bien tendre l'oreille la prochaine fois.
Et voilà que le virus s'attaque à ma personne. Sophie, ça n'existe pas. Ils me renomment d'emblée Suzi. Et à partir du moment où Suzi rentre dans la danse impossible de leur faire y renoncer. Jusqu'à la facture de mon cellulaire. Un jour, exaspérée je file au siège, prend un numéro et explique par l'écrit à la gentille madame la différence entre Sophie et Suzi. Pas de problème me sourit-elle. J'aurais du me méfier. La facture suivante n'est jamais arrivée. Forcément, elle a tout mélangé. Je m'appelle désormais Suzi Vina del mar et j'habite rue Travers. Sans blague. Y retourner m'inquiète un peu. Comment vont-ils finir par m'appeler ? Mais Suzi franchement j'ai du mal...
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