Le deuil
Nous sommes à nouveau entrés dans une phase de turbulences avec Eloïse. Les symptômes ressemblent curieusement à ceux que nous avions identifiés à la mort de son parrain. Une instabilité d'humeur associée à une agressivité manifeste. L'instit un peu inquiète m'a de nouveau convoquée. J'ai encore souffert le martyre avec ma jambe brûlée sur ma chaise de nain. Vous croyez aux malédictions karmiques ? Je commence à me poser de sérieuses questions sur la nature du Dieu que j'ai irrité précédemment.
Brèfle, nous avons fini le jour de mon anniversaire dans le bureau de la psy de l'école heureusement équipé de matériel pour adultes. Pour en arriver à un premier bilan qui met en maux la difficulté de notre fille à faire son deuil. Il ne s'agit plus de son oncle mais du Portugal. Même besoin de contrôle, mêmes attaques sur ceux qu'elle juge responsables. Ses parents un peu épuisés par tant de véhémence. Pas de plan miracle, un programme d'actions et, curieusement, une patience nouvelle (encore très théorique) acquise en comprenant la souffrance de mon petit bout.

chère Sophie, je me garderai bien de vous donner un conseil quelconque, en plus, ce n'est pas en échangeant deux coms sur un blog qu'on peut se permettre ce genre de choses... Quoique des fois... Bref, c'est une vieille dame de 51 ans qui tape sur le clavier... Je sais pas ce qu'en t'en a dit la psy, mais c'est pas la première fois, il me semble, que tu nous dis qu'Eloïse souffre de cet éloignement... Le Portugal, c'est chez elle et malgré tout, le Portugal c'est pas loin de la mère Patrie. C'est à dire, qu'en cas de besoin, hop en 2 heures par avion, t'es à Paris. Vous ne pouvez plus imposer à vos petits (parce que Maxou, ça viendra aussi...) ces perpétuels et lointains changements. Faut arriver à vous poser quelque part, je dis pas définitivement, rien n'est définitif dans la vie, mais au moins pour quelques années... Et apparemment, Eloïse est complètement allergique aux chiliens (moi aussi d'ailleurs, mais pour d'autres raisons...)
Cette petite, est certes difficile, mais elle en état de souffrance, ça fait peine, un enfant n'est jamais agressif volontairement, c'est à dire qu'il ne le fait pas exprès.
C'est pas compliqué. Réfléchissez un peu. Si Eloïse, aujourd'hui avant 17/18 ans, que vous soyez au Portugal et vous lui annonciez votre intention de l'expatrier à l'autre bout de la terre... Pensez-vous qu'elle vous aurait suivi de bon coeur, en admettant qu'elle accepte ce déracinement.
Quand on est seul, voire un couple sans enfants, on peut tout se permettre, parce qu'on ne contrait personne. Mais on ne peut plus vivre à sa guise avec deux enfants. Vous ne pouvez pas imposer à vos petits, et à Eloïse particulièrement, votre bougite aiguëe.
Et pour finir, je dirai ceci. Tu sais Sophie, moi aussi, je suis pas famille-famille, si ce n'est, bien sûr, mes enfants et certains membres de ma famille qui me sont particulièrement chers, mais, tu verras, quand vous aurez notre âge, c'est pesant parfois, ce savoir que les liens sont tellement distendus, que l'on est devenu un parfait étranger pour sa propre famille.
Voilà, Chère Sophie, pour ce long commentaire. J'espère ne pas vous avoir fait de peine, à toi et ton mari, en écrivant ainsi.
Mais je pense, que la santé psychologique d'Eloïse passe avant tout autre considération professionnelle et personnelle.
Parce que ça va pas s'arranger avec les mois qui vont passer et l'adolescence, somme toute, pas si loin.
Amitiés sincères de France.
Rédigé par: ciboulette100 | 28/06/2008 at 04:03
Le pire c'est que Lolo n'est pas allergique ni au Chili ni aux chiliens elle regrette seulment le Portugal magnifié dans son souvenir. elle dit spontanément être heureuse ici. Le travail de deuil est long. Mais nous en sommes arrivés à la même conclusion quant aux voyages et nous envisageons de rester ici sauf problème politique ou sismique. Nous ne rentrerons pas en Europe parce que c'est vitale pour notre santé financière et que ça enfant ou adulte notre famille doit le comprendre. Quant à la famille nous sommes depuis toujours des étrangers pour eux surtout les pièces rapportées et être près d'eux ne change rien nous l'avons déjà vécu; c'est même pire.
Rédigé par: sophie | 28/06/2008 at 10:25
alors faut trouver une solution. Je sais pas laquelle, mais faut la trouver. Ceci dit, si demain, je devais obligatoirement imigrer en Amérique Latine, c'est pas le Chili que je choisirais, je trouve ce pays d'une tristesse et d'un ennui mortels. Je pense que je choisirai l'Argentine, mais ya certainement des choses pas sympas là-bas non plus... Bref, c'est vraiment pas facile pour vous et j'espère que vous trouverez rapidement un solution. Et en plus, vous ne voulez plus du tout entendre parler de l'Europe, c'est encore moins facile... Et l'Australie ? ou la Nouvelle-Zélande ?
Rédigé par: ciboulette100 | 28/06/2008 at 10:39
Je suis toute chose de lire tes mots, toute peinée aussi mais je comprends Eloïse et suis certaine que votre envie de bonheur ensemble vous donne l'energie d'avancer et aider Lolo(je comprends et encore ce ne sont pas les mm changements que nous avons fait vivre a nos loups)
Forcement loin et face au nouveau, l'inconnu, les pertes de reperes on magnifie le passé comme tu le dis. (et pas qu'enfant je pense)
Paul et Lucie ont cette même attitude quand un couac se manifeste dans leur quotidien. (et ça revient souvent !!)
Je passe beaucoup de temps à les écouter a décortiquer avec eux le vrai du faux qui s'enmêlent. En famille, on analyse ensemble, on rétablit la barre des idées faites, on dialogue, on pleure aussi des manques qui se sont installés et qui envahissent les pensées qd le fameux couac prend trop de place. Comme tu le dis et je pense, le deuil du coin où l'équilibre était est long à se faire. Grosse Note d'Espoir, il se fait tout doucement....
Ma grande certitude, on en ressort plus fort, plus assuré, plus certain de nos choix.
J'ai quand même promis que l'on ferait tout ce qui est en notre pouvoir pour rester là où nous sommes afin qu'ils vivent leur vie d'ados sans rebondissements de déménagements et de déchirements de leurs habitudes d'enfants. (et puis faire les cartons hein... bof!!)
:)))
Rédigé par: bé@ | 28/06/2008 at 11:16
L'argentine est certainement un pays magnifique mais bien trop instable à nos yeux. Nous nous plaisons au Chili, Lolo aussi, nous allons lui apprendre à l'aimer davantage et à oublier le Portugal. C'est la solution il n'y en a pas d'autre. Notre fille aura d'autres changements dans sa vie, elle va apprendre à les surmonter, je ne néglige pas la difficulté mais je ne la juge pas insurmontable non plus. Le Chili est un pays qu'on apprend à aimer. ce matin Lolo nous a dit qu'elle était chilienne maintenant, elle a mis un an à faire le deuil de son oncle elle en mettra certainement autant à oublier le Portugal. De plus, je pense que la dernière chose à faire serait de bouger maintenant, surtout avec son frère qui commence à parler l'espagnol et qui se plait ici également.
Rédigé par: sophie | 28/06/2008 at 14:18
Notre mère m'a transmis la phobie des déménagements, et nous n'avons appris pourquoi qu'à la fin de sa vie.
La déstabilisation d'un enfant soumis à déménagement, je l'ai connue avec des élèves tout au long de ma carrière, mais aussi avec ma fille. Réaction très différente de celle de votre Eloïse, mais longue et difficile pour elle, très : perte de confiance en elle, perte de repères, deuils douloureux. Je préfère ne pas en dire plus.
Mais comme on sent bien que vous avez pris la mesure du problème, on va se limiter à dire que, sans vous connaître ou vous côtoyer, on pense à vous...
Rédigé par: PMB | 28/06/2008 at 20:34
Bien sûr ce n'est pas d'un pays dont votre fille est nostalgique mais d'une époque particulière qu'elle a vécu, qu'elle magnifie. Un âge d'or, idéal, celui où encore petite fille unique et où son cher petit frère n'était pas encore né, elle recevait de votre part toutes les attentions.C'est dur de partager pour les ainés!
Votre psy se plante complètement! Prenez un autre avis
Rédigé par: domi | 29/06/2008 at 04:02
je suis désolé pour Eloïse. Mais j'espère bien qu'elle n'oublie surtout jamais le Portugal, au contraire qu'elle en garde un très bonne souvenir de son pays d'enfance. Il n'y a pas de deuil la dedans.
Rédigé par: ann | 29/06/2008 at 10:34
euh Ciboulette, une vieille dame de 51 ans c'est un peu excessif non le mot vieille :)
Maxou fera aimer le Chili à sa soeur :)
Rédigé par: Valérie de haute Savoie | 29/06/2008 at 16:55
Après la naissance de son frère lolo a vu une psy, le pb est plus complexe qu'il n'y parait. Il s'agit bien d'un deuil. Le deuil de sa nationalité en quelque sorte, Lolo a toujours voulu s'intégrer elle était pour Benfica parlait mieux Portugais que certains de ses camarades; elle vient de changer de continent de langue d'apprentissage, d'école et de climat. Elle gardera ses souvenirs mais doit admettre que nous ne rentrerons pas comme elle a voulu le croire ces derniers jours. Maxou contribue effectivement beaucoup à l'acceptation du Chili puisque les deux se parlent en Espagnol désormais....
Rédigé par: sophie | 29/06/2008 at 22:57
A l'âge de six ans j'ai dû suivre ma mère qui quittait mon père et par la même occasion, le pays où elle s'était installée, Israel.
Personne à l'époque n'a mesuré le traumatisme qu'a été pour moi le fait de quitter mon pays, ma langue, mes camarades de classe, mes fêtes, et tutti quanti. Je pense que si ma mère avait simplement pris en compte ces difficultés (au lieu de tout balayer d'un haussement d'épaules), ça m'aurait beaucoup aidé.
Rédigé par: Deborah | 01/07/2008 at 07:56