Confidence pour confidence
Avec toute la passion que j'investis dans ce média, je dois bien reconnaître qu'Internet manque de mémoire. Paradoxalement tout s'imprime, même vos premiers commentaires émus, mais ce sont des strates indépendantes les unes des autres. J'observe avec une fascination agacée chez les nouveaux blogueurs les cycles d'engouement, de lassitude, d'abandon ou de distance échaudée. Et je relis les mêmes discussions encore et encore. D'ailleurs ce ne sont pas des discussions mais des guerres de tranchées. Et reviennent les mêmes mots exhibitions, impudeur, danger, dérives.
Rassurez-vous je ne souhaite pas ranimer la flamme loin de là. J'ai pris ma décision il y a longtemps et je suis bien plus têtue que vous. Oui bien plus têtue que ces mails qui m'enjoignent de m'expliquer ou ces reproches chargés d'une psychologie mal digérée.
D'une certaine façon, ça fait partie de l'exercice. Parce que l'essence d'un écrivain n'est pas d'écrire de jolies phrases ciselées sur son cahier secret. Ce qui fait un écrivain, c'est son lecteur. Je connais une jeune femme qui a passé trois années de sa vie à écrire un chef d'oeuvre selon son mari. Publie-le lui crient ses amis. J'ai trop de pudeur répond-elle. Ce n'est pas qu'une question de pudeur, il lui manque la folie, le courage ou l'inconscience de jeter en pâture à de purs inconnus ce qu'elle a de plus intime: sa part d'humanité. Elle écrit, ce n'est pas un écrivain.
Peu importe la fiction, l'âme affleure. Et pourquoi faudrait-il que ce soit vrai pour être touchant ? Souvent on évoque ma franchise. Je suis peut-être un homme vivant au Japon. Trouveriez-vous Maxence moins beau ? Ou au contraire me porteriez-vous aux nues pour ma capacité d'empathie ? On m'a déjà demandé si je mentais. Bien sûr, si je vous racontais tout vous baveriez d'ennui. Je concentre, j'illustre, j'insinue, je gomme les détails intéressants ou embarrassants. Ce que nous faisons tous les jours avec notre mémoire. On me parlais récemment de ce que je donnais. J'ai eu l'impression de frôler l'imposture, je suis celle qui reçoit.

Je n'ai pas compris grand chose, mais j'espère que ça ne veut pas dire que vous arrêtez ce blog, car j'aime beaucoup vous lire.
Rédigé par: Deborah | 10/04/2008 at 02:39
Je m'excuse, Sophie.
Je ne recommencerai plus.
Rédigé par: Stéphanie | 10/04/2008 at 02:52
Oui !
Rédigé par: mh, | 10/04/2008 at 04:10
Peut importe vrai ou faux tu fais partie de la poignée de blogs dont je ne me lasse pas depuis des mois (des années peut-être maintenant). Le talent que tu as en toi pour décrire les évènements n'est pas factice et déclenche chez moi toujours quelques chose de l'ordre des émotions. T'as pas l'idée de nous lâcher là dit donc ?!
Rédigé par: rita | 10/04/2008 at 04:17
Tiens, je vais lancer une polémique... L'écrivain serait celui qui accepte de publier ce qu'il a dans ses tiroirs ? Tsss tss... pas si simple. Que fais-tu de Kafka, par exemple, qui a laissé dans ses tiroirs l'essentiel de son oeuvre en donnant comme consigne formelle à son exécuteur testamentaire : "brûle tout". Il n'avait publié de son vivant que quelques bricoles, le reste lui semblait indigne d'être lu. C'était quand même "Le château" "Le procès"... Son auto-censure était en partie liée à l'incroyable pression familiale qui s'était exercée sur lui tout au long de sa vie.
(Question bien passionnante de savoir si on peut être écrivain sans publier :pour ma part, je pense que l'écrivain est celui qui écrit, même si cette définition n'est pas suffisante.)
Rédigé par: samantdi | 10/04/2008 at 05:56
"Je connais une jeune femme qui"
Ben nous aussi on la connaît !
Et toc !
Discussions, guerres de tranchées ? Si c'est pour les commentaires, non (je n'ai pas dit hélas, les guéguerres m'énervent)
Le plus souvent, sur les blogues perso comme le vôtre** les commentaires se bornent souvent à des aplaudissemennts parfois outrés, et si courts qu'on se demande s'ils ne servent pas surtout à rameuter sur son propre blogue. Peu de gens qui rebondissent, qui développent, ou qui échangent avec les autres posteurs.
* Mais le vôtre, de ce point de vue, se tient plutôt bien. C'est ça, dites que je cherche à éviter les baffes ;-)
Rédigé par: PMB | 10/04/2008 at 06:01
Je me retrouve complètement dans ton texte :-)
Rédigé par: Akynou | 10/04/2008 at 06:05
En tant qu'ancienne étudiante lançons donc la polémique fallait-il publier Kafka ? Et si c'était une posture cabotine et qu'il priait intérieurement pour que son exécuteur testamentaire n'en fasse rien ? Quant à la pression familiale j'en ai eu un aperçu très modeste avec ce blog, ils pourraient fonder un comité "arrêtons le blog de Sophie" tout le monde se reconnaît à dans chaque article et j'ai eu le droit à un grand nombre de commentaires désobligeants. Je me demnade si ce n'est pas ce que craignent justement un grand nombre d'écrivains secrets.
Non je n'ai pas l'intention d'arrêter ce blog au contraire, je n'ai pas non plus l'intention d'arrêter de parler de notre vie ou de nos enfants. Ni de m'en expliquer.
Merci PMB pour le plutôt bien :).
Il ne s'agit pas de ne plus recommencer Stéphanie, il s'agit de voir dans les archives que ce type de discussions a déjà eu lieu de nombreuses fois. Votre décision est parfaitement honorable mais rien ne nous oblige à la suivre ni à en rediscuter pour la énième fois.
Rédigé par: sophie | 10/04/2008 at 07:54
je suis lasse d'assister à des gueguere qui m'échappent et qui assombrissent le plaisir d'aller sur mes blogs chéris.
et je n'aime pas ce que je crois lire dans le commentaire de PMB d'ailleurs il n'est pas possible de joindre sinon je le ferai.
Rédigé par: rita | 10/04/2008 at 08:25
PMB n'agresse pas Rita, il titille et ses mails privés me confirment cette sentation d'autant que comme il le souligne dans ces commentaires, je suis libre de ne pas le publier. C'est bien Stéphanie qui est à l'origine de mon poste. Elle voulait entâmer une discussion sur "mon bébé n'est pas sur mon blog" discussion que je refuse d'avoir pour la centième fois en 5 ans de blogage.(bloguing?)Mais tout va bien, je suis de bonne humeur et je n'arrêterai pas de bloguer !!!
Je suis déçue que personne ne commente l'autoportrait !!!!
Et je ne suis pas celle qui a écrit le chef d'oeuvre c'est bien une amie et pas une figure de style même si vous avez tout-à-fait le droit de ne plus me croire !
Rédigé par: sophie | 10/04/2008 at 09:17
"Ce qui fait un écrivain, c'est son lecteur".
miam miam, j'aime cette formule ; vous l'appliquez très bien, le talent en plus (que votre formule oublie). J'oserai dire que ce qui vous fait une écrivaine appréciée, ce sont vos lectrices (plus nombreux que les -teurs) ET votre talent qui est grand.
A quand l'Amidstead Beaupin du PortugoChile ?
;-)
Je vous suis fidèle depuis des années. Continuez, please ! A vous lire, peut être même qu'un jour j'en viendrai à chroniquer mes 7 enfants ?...La seule chose qui me retient étant la flemme, non pas les lecteurs indiscrets. Ni a fortiori l'indiscrétion !
Rédigé par: Yves Duel | 10/04/2008 at 10:07
Rita,
Si vous reliez mon post en entier, vous verrez à la fin que je trouve le blogue de Sophie moins parasité que d’autres par les clapclapeurs (et je ne donnerai pas de nom en particulier, je ne suis pas le Modérateur du Net et je n’ai pas envie de voir la blogoboule me tomber dessus ;-).
Je comprends votre refus des guéguerres. Je souhaite quand même que, entre « embrassons-nous Folleville » dans la (parfois fausse) paix et détestons-nous les uns les autres, il y a un espace pour des désaccords, des oppositions, s’ils sont exprimés de façon courtoise. On a le droit de dire ce qu’on pense sans passer de suite pour le juge de paix, l’arbitre suprême, Dieu le père tant qu’à faire. Ces désaccords, il m’est arrivé de « démarrer sec », provoquer une réaction vive (un peu comme la vôtre ; et puis on cause, on s’explique, on se calme…
Si Sophie veut vous donner mon adresse, qu’elle le fasse, je vous répondrai.
(L’auto-portait ? Vous voulez dire : l’oie qui n’est même pas blanche ? Oh là là…)
Rédigé par: PMB | 10/04/2008 at 11:56
Ce qui est marrant, dans les commentaires modérés, c'est qu'on publie le sien "en aveugle" sans lire ceux des autres... Découvrant les tenants et les aboutissants de ce billet, je me rends compte que le mien était complètement à côté de la plaque, puisque, si je comprends bien, la question de départ était de publier ou non une photo de ses enfants.
Le pauvre Kafka n'était donc guère concerné ! :-D
(ceci dit, je suis d'accord avec toi, je pense qu'au fond de lui, il espérait que quelqu'un sauverait ses manuscrits)
Rédigé par: samantdi | 10/04/2008 at 13:31
:)continue a ecrire toujours comme tu es depuis que j'ai lu tes premieres lignes lorsque tu es arrivé au portugal. Que ce soit vrai ou faux, ce n'est pas du voyeurisme ici c'est bien du plaisir de lire et aussi de me retrouver ds tes mots qui me fait toujours revenir :)
Rédigé par: bé@ | 10/04/2008 at 14:05
Moi qui croyais que c'était un canard !!!
Non tu n'étais pas à côté de la plaque le sujet était bien de savoir pourquoi on publiait parce que la discussion sur les enfants a déjà eu lieu et qu'elle est close sur ce blog : na.
Rédigé par: sophie | 10/04/2008 at 17:08
Contrairement aux apparences, je te lis et commmentes depuis 3 ans (mais sous un autre nom). Quand au débat de la sphère "privée" et de la sphère "publique" sur un blog, merci bien de ne pas le ranimer. En arrêtant mon blog n°1, je m'en suis bien gardée, parce que ça n'était pas pour ça que je l'arrêtais...
Ceci dit, pour les commentaires "coucou", ça n'est pas forcément pour rameuter, mais juste pour manifester un plaisir de la lecture, sans savoir forcément que dire... Un blog intimiste n'est pas un forum...
Rédigé par: Appollonia | 11/04/2008 at 02:42
Le plaisir c'est d'écrire (du reste je ne peux pas ne pas écrire) ..La publication ne serait que la cerise sur le gâteau, mais elle ne m'intéresse pas...suis je écrivain non ?..mais je suis écrivassière (et fière de l'être).
Pour le reste: qu'importe l'opinion des gens, copie, faite comme vous le sentez.
Rédigé par: hélène | 11/04/2008 at 05:55
Sophie, pas "copie", sorry
Rédigé par: hélène | 11/04/2008 at 05:57
Hélène dit : « Le plaisir c'est d'écrire (du reste je ne peux pas ne pas écrire). La publication ne serait que la cerise sur le gâteau, mais elle ne m'intéresse pas... »
C’est un point de vue, et respectable comme tel. Quand j’écris, je ne pense qu’à moi, plus exactement qu’à ce que j’écris. Un auteur qui, dans le moment où il écrit, se soucie de plaire au lecteur, il va dans le mur. Selon moi, hein.
Mais je tiens à ce que mes livres soient publiés. Je peux envoyer mes manuscrits à des dizaines d’éditeurs, et je ne lâche jamais prise. Jamais. Quand j’ai reçu la réponse favorable d’un éditeur pour le premier, je n’ai pas honte de dire que j’ai pleuré. Et quand je suis allé chercher mes exemplaires d’auteur, les voir, les tenir dans ma main, ça m’a fait quelque chose. Et des rencontres avec mes lecteurs, courrier, téléphone ou de visu, j’en reste marqué à vie.
Rédigé par: PMB | 11/04/2008 at 14:38
Tu dis exactement ce que je ressens à lire ton blog.
Il est parfait tel qu'il est (PMB non je ne racole pas j'ai pas trop besoin d'ailleurs juste j'aime VRAIMENT beaucoup ce blog) et tu as bien raison de résister contre vents et marées à ceux qui essaient de t'enseigner comment bloguer (mouarf).
Bref merci de nous montrer à voir des petits éclats de votre vie à tous les 4 par la si jolie lorgnette de ton écriture ;)
Rédigé par: a n g e l | 11/04/2008 at 16:13
Angel ;-)
Non vous ne racolez pas, et là, vous échangez avec un autre blogueurs, même si c'est pour le contredire, ce qui est le b-a-ba de la discussion.
Tiens, m'en vais aller voir votre blogue !
Rédigé par: PMB | 12/04/2008 at 01:19
J'approuve et j'applaudis! ;) :)
Rédigé par: Etolane | 12/04/2008 at 15:08
Ce qui fait l'écrivain c'est le lecteur... l'inverse aussi est vrai, ce qui fait le lecteur c'est l'écrivain. L'écrivain qui n'a rien à dire n'a pas de lecteurs. L'écrivain qui se tait par pudeur, n'est pas écrivain. Celui qui amoncelle des écrits dans son tiroir sans les publier n'est rien qu'un refoulé qui n'ose s'exprimer. La publication est un combat. Il faut constamment l'entreprendre pour commencer à s'exprimer et continuer à le faire. Même si au bout de ce combat, on ne trouve que de l'indifférence ou de la critique. Peut-on imaginer un peintre qui enterre ses toiles même avant de les avoir montrées ? Je suis novice dans la communication électronique. J'ai besoin du livre et du papier. J'ai besoin de toucher, de humer, de respirer le parfum d'une peau comme celle d'une femme non virtuelle,la véritable que j'ai dans mes fibres. Dans l'amour on se relit constamment, on s'interroge chaque fois à nouveau, dans l'écriture je pense que c'est pareil. Il faut se réécrire toujours plus, et ce n'est jamais fini, on n'est jamais arrivé...
Rédigé par: Jean Botquin | 13/04/2008 at 17:37
Touché ! Je me suis sentie visée par la remarque que vous faite à propos de cette amie qui écris mais ne publies pas. Je viens de me décider à publier un blog commencé il y a 4 ans. Pour moi aussi, être lue était accessoire, seul le plaisir d'écrire comptait. Je m'aperçois seulement de ma vanité : voyons, seront-ils dignes de lire ma prose ? Ridicule ! Merci de m'avoir ouvert les yeux...
Rédigé par: ppn | 21/04/2008 at 13:19
Heureuse d'être très modestement à l'origine de la publication d'un blog..
Rédigé par: sophie | 21/04/2008 at 14:40