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09/01/2008

Comme l'âne recule, nous avançons

Quand j'allais, enfant, dans d'autres familles, j'étais toujours émerveillée par la vie des autres. Je trouvais les repas de famille animés, drôles, les parents de mes amies attentifs et ouverts. Que n'aurais-je donné pour avoir un père qui joue avec moi et m'emmène me promener le samedi après-midi ou une mère copine qui me parle ? Autant croire au Père Noêl. J'avais réussi à développer une image de la famille idéale, celle que je voudrais créer par moi-même où les conflits n'auraient pas lieu et où tout se résoudrait dans la joie et la bonne humeur.

Et puis, en vieillissant, j'ai vu les craquelures sous les façades parfaites. Toutes ces familles idylliques ont connu un vent de folie, divorces, dépression, fugues adolescentes et notre foyer dysfonctionnel tout en restant tendu ne fut plus alors plus si unique. Au moins nous ne nous étions jamais menti sur notre incapacité mutuelle à vivre ensemble. Nous étions partis de moins haut moins dure était la chute. Beaucoup de mes amies se sont réfugiées chez des psys en tout genre. Un grand nombre y a trouvé de l'aide. Je n'y suis jamais allée parce que je savais que ma réalité ne serait pas modifiée. Mon rêve s'est effiloché, je ne rêvais plus de picnics champêtres mais de lieux de confiance. Et j'ai gardé cette vision de la famille. C'est amusant que vous me répondiez thérapie quand je dis soucis. Je ne pense pas qu'il existe une thérapie de la famille parfaitement heureuse. Nous sommes dans une logique d'autorité et d'apprentissage. Certaines leçons sont plus difficiles à entendre. Je sais qu'on enseigne pas à un dauphin à taper à la machine, il n'y a donc rien de sophistiqué ni de particiulièrement complexe. Lolo renâcle devant la discipline personnelle qui consiste à ne pas se polluer (ni son entourage) avec une attitude négative. Je considère ma fille comme une personne, je lui explique mais ne négocie pas, il y a des choses qu'on ne peut négocier. Et parfois trop tergiverser fait perdre le fil aux deux interlocuteurs. C'est aussi la face obscure du rôle des parents à mes yeux. Dire la vérité et offrir à ses enfants une vision du monde tel qu'il est: dur. Je ne peux pas faire croire à Eloïse qu'elle deviendra une personne intéressante et responsable en se braquant. Le monde ne se pliera pas à ses volontés, c'est elle qui risque de casser. Et je préfère qu'elle le comprenne maintenant qu'à sa majorité. Ce qui ne signifie pas que ses larmes me réjouissent ni que ce rôle m'enthousiasme. C'est simplement une des choses envers lesquelles je me suis engagée en ayant des enfants. Personne ne peut le faire à ma place. Ce qui ne veut pas dire non plus que je suis hostile aux thérapeutes. Je préfère simplement les garder dans ma manche en cas de difficultés réelles ou si l'envie devient tenace de l'envoyer à l'école de l'Armada à quelques encâblures de là.

Lolo (c) SB


Commentaires

Je n'ai lu le reste de ton blog qu'après avoir fait le comm précédent...
J'ai compris trop tard que te parler de thérapie c'était vain. Tu ne vois pas que ta fille t'envoie comme message tout ce que toi t'as jamais pu sortir...
Dommage pour vous tous. Sur ce je me retire comme j'étais venue...
Bon courage pour la suite.

Je ne suis pas certaine de comprendre ni l'agressivité ni le dommage pour nous tous. Elle sort ce qu'elle a à sortir tant mieux, elle doit juste apprendre à le prononcer de façon acceptable.

De plus je doute fortement qu'elle dise ce que je n'ai pu prononcer dans la mesure où les situations sont radicalement différentes et que nous ne sommes pas dans le conflit ouvert et durable dans lequel j'ai vécu. La preuve en est que nous la laissons s'exprimer. Nous lui indiquons simplement les limites qui sont induites par la vie en société et en famille.

Pitié PMB ne le prenez pas mal vous aussi, j'en serais marrie.

Pas d’inquiétude, je me préparais à dire que vous étiez seuls maîtres à bord !.

Et lire attentivement votre réflexion ne va pas me faire changer d'avis : prenez/ne prenez pas ce que je dis avec ma seule expérience, mon seul empirisme, c’est libre-service, je suis ici chez vous, pas chez moi.

J'ajoute que je ne réagirais sans doute pas comme je le fais sans la modération a priori qui vous fait maîtresse d'entendre ou pas publiquement ce qu'on vous dit, ce « public » qui fait qu’ensuite tout un chacun peut s’en servir avec plus ou moins de justesse (et je ne vise aucun autre posteur ;-)

(Et il vaut mieux que votre fille "sorte", même si c'est dur, même si elle doit apprendre à le contrôler la façon de sortir. Mon fils, je l'ai peut-être déjà dit, a "gardé" des années. Le jour où ça a explosé...)

Heu, si, vous pouvez vous inquiéter, je reste !

Mon père pedo-psy ;) m'a simplement dit qu'un enfant avait besoin de repères, de limite, pour se construire. Je crois simplement que tu lui donnes les repères et les limites acceptables pour qu'elle puisse vivre en harmonie en société. Ma fille qui est très agréable a eu aussi petite des passages moins faciles (il me semble que c'est normal non ?)
La thérapie est intéressante lorsqu'il y a réellement une vraie souffrance.

Je vais dans ton sens, Sophie, en tant que prof. Les enfants les plus construits et les mieux armés (d'après mon expérience et mon point de vue personnel, qui ne prétend pas avoir valeur de vérité générale) sont ceux dont les parents ont assumé leur rôle de parents : pouvoir dire "oui" mais aussi "non", avec amour et bienveillance.

Ce sont les enfants qui acceptent le mieux les frustrations du monde extérieur, même s'ils sont difficiles chez eux. Parce que c'est en résistant à ses parents qu'on se construit, je crois (bien sûr il faut souhaiter des parents raisonnables et capables de discernement!)

En France il est devenu banal que les enfants consultent un psy. Dans mon collège, 7 enfants sur 10 ont déjà été vus par un psy à l'entrée en 6 ème ( précision :je travaille sur un bassin de recrutement très favorisé). Or, bien que je sois favorable à tout ce qui peut améliorer la vie et apaiser les souffrances, je ne crois pas qu'un enfant qui a du caractère relève d"une thérapie, même si toutes les familles sont pathogènes! ( le tout est de mesurer dans quelles proportions.)

Penser que les enfants héritent de toutes les névroses familiales est quand même terriblement réducteur : chaque enfant a aussi sa personnalité. Eloïse est sociable, enjouée et populaire auprès de ses camarades. J'y vois personnellement un indice de bonne santé mentale

(Cette petite polémique me conforte dans l'idée de ton originalité, dont je me réjouis, personnellement ;)

raaaaaaa
mais y'en a un peu marre de la normalité du bonheur là oh!

Il y a aussi des caractères, et celui de ta fille est semble-t-il fait de béton armé, et puis après?
Tu as tout à fait raison, c'est ton rôle de lui apprendre à vivre en société avec ce qu'elle est, au lieu d'essayer de la transformer via le miracle de la thérapie, en ce qu'elle n'est pas (une poupée qui fait des bisous).

Plus je te lis, plus je me rends compte qu'on se rejoint profondément sur certaines idées éducatives, toi et moi ;)

Comme si j'essayais d'enlever le sens du mélodrame du dedans de ma fille tiens! AHAHAHAHA. Tragédienne elle est, tragédienne elle restera. Juste je lui montre que dans la vie de tous les jours, 1 c'est relou grave pour l'entourage, et que 2 les gens vont mal le prendre, ahem.

COURAGE Sophie, et mille bisous à ton indomptable et son petit bout de frère qui sait comment y faire :)

bin pourquoi vouloir comparer...a toi de faire ta vie et de donner ce que tu penses de la vie a ta fille...des fois c souvent chez soi le meilleur..;o)

J'ai découvert votre blog il y a peu de temps par l'intermédiaire d'un autre blog, et très vite je me suis sentie un peu "familière" de vos relations avec votre poupette. La mienne a presque 27 ans et les relations ne sont pas toujours faciles, même si elle ne vit plus à la maison dont elle a eu beaucoup de mal à se détacher. Mais il est clair que les ennuis ont commencé lorsque nous avons changé de maison, de quartier et de ville (donc très loin de vos changements à vous), elle avait 6 ans, perdu ses repères et du mal à en retrouver d'autres. Alors il a fallu de la patience, beaucoup, beaucoup pour arriver à lui faire comprendre que ici aussi la vie peut être belle si elle le décide. Et maintenant elle a encore changé pour suivre l'homme qu'elle aime, et tout recommence. Quand on est maman, on l'est jusqu'au bout, et donc c'est moi qui prend en pleine figure ses sautes d'humeur...Mais la patience, chez moi en tout cas, elle se régénère au fur et à mesure des besoins... Je vous en souhaite tout plein pour l'aider à grandir auprès de vous.

Bah, le but de la thérapie n'est pas de transformer un enfant, mais à l'aider à aller mieux quand il est profondément malheureux. Garance en suit une depuis deux ans, parce qu'elle allait très mal et était profondément malheureusement. Ça me tordait le coeur. Elle pouvait être odieuse parce qu'elle était tellement en souffrance.
Mais bon, mes autres filles ont aussi un caractère en acier bien trempé, et je n'ai jamais imaginer les mettre en thérapie :-)

Pour le reste, j'avais l'habitude, quand les filles me disaient que tel ou tel truc était injuste, de leur répondre : "mais ma chérie, la vie est injuste." J'ai vu trop de jeunes adultes paumé en sortant de leur cocon familial avec des envie qui ne correspondait en rien avec l'effort qu'ils étaient capable de faire pour satisfaire ces envies, avec une incompréhension totale de ce qu'est la vie en société (et notamment le monde du travail), que je me suis dit qu'il était hors de question que j'élève mes enfants dans une prison douce et dorée. Mon rôle de parent est d'en faire des adultes responsables. Et c'est pas le plus simple :-)
Bises :-)

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