Courage fuyons
Un bon article dans Libé sur l'angoisse des femmes enceintes. Trop elliptique comme d'habitude mais qui ouvre la discussion sur le fait que la grossesse n'est pas toujours aussi rose qu'on le prétend dans les films.
Ce qui rend ce texte intéressant ce sont les commentaires très partisans. On est pour ou contre la grossesse, les médecins et les examens. D'un côté ceux qui estiment que c''est un moment normal et que les jeunes mères veulent être sanctifiées, de l'autre les mamans heureuses qui ont surmonté cela. Je caricature à peine.
Au moins on y parle de l'angoisse des examens mais personne n'évoque l'amniocenthèse et surtout l'attente du résultat. Parce que c'est trop "limite" de dire qu'on se demande quoi faire en cas de problème. Et que vraiment on ne pense qu'à ça. Et non la grossesse ne représente pas toujours 9 mois de bonheur. Entre les nausées, cette faiblesse, les multiples petits maux qui transforment chaque déplacement en calvaire et la fatigue qui suit, ce n'est pas forcément une partie de plaisir. Mais, heureusement, on oublie ce qui permet de recommencer avec la dose nécessaire d'inconscience pour ne pas songer à l'avenir, aux coûts des scolarités, au travail que ça représente. Et je peux bien le dire, il m'arrive de me dire que je serais bien plus heureuse sans. Quelques secondes quand plus rien ne tourne rond, les bras ballants devant la pile de linge et la vaisselle. Peu de gens en parle. Et quand ils le font c'est pour nous accabler d'histoires abominables qui font que notre vie à côté est un conte de fées. Notez que je ne me plains pas. J'ai une chance incroyable que je mesure tous les jours. C'est ce qui me fait garder le sourire.
En apparté beaucoup de mères l'avouent cette angoisse. Mais "off the record", honteusement avant d'entendre leurs maris, leurs médecins, leurs parents, leur rappeler pas toujours gentiment que ça pourrait être pire. Je me souviens d'une amie mère que 4 enfants qui pleurait un jour de fatigue. Son mari rentré en avance lui a passé un savon et sa phrase la plus percutante a été : "regarde derrière toi y'a une barre HLM tu pourrais y être, alors relève-toi et essuie tes larmes !" J'ai eu une sévère envie de l'étrangler mais je me suis dit que ça n'allait pas arranger les affaires de ma copine. Affaires qui se sont d'ailleurs aggravées aux dernières nouvelles. On peut toujours relativiser son mal-être, on peut toujours se dire qu'au Moyen-Age avec trois fois plus d'enfants dont un grand nombre mort en bas âge on aurait eu de quoi pleurer mais ça n'empêche pas de se sentir mal sur le moment. Il est dommage que les médecins et personnel médical n'aient pas vraiment intégré cette partie importante de la grossesse. Oh bien sûr, on nous demande si on entend des voix, si l'envie de faire mal à notre enfant nous réveille la nuit. Mais le reste du temps, le ton sucré et les niaiseries qu'on débite à une jeune ou future mère donnent furieusement envie d'envoyer tout ballader. Heureusement qu'avec tous ces kilos en trop on ne peut pas courir !

Je n'ai pas (encore) d'enfants. Et ça ne sera pas pour tout de suite: 24 ans, étudiante et ... pas de papa (ça n'aide pas). Je ne peux donc pas "comprendre" vraiment ce que tu nous écris. Mais ça me parle, je rapproche ça des "pfff, mais c'est rien ça" qu'on me répondait quand j'avais mal. Ma tristesse n'était pas légitime puisque pour eux, ça semblait n'étre "rien". Faut voir les choses relativement à l'effet que qu'elles provoquent ...
Et puis j'adore la conclusion !! :)
Rédigé par: Raphaëlle | 23/05/2007 at 06:22
Moi aussi j'aime beaucoup ta conclusion.
J'ai gardé cet article pour le lire tranquillement, mais il me semble maintenant deviner le contenu.
Rédigé par: Fauvette | 23/05/2007 at 07:31
en fait, je crois que la grossesse, c'est un tel bouleversement hormonal, affectif, émotionnel, physique, c'est tellement intense -quoique naturel hein- qu'on ne peut pas mesurer toutes les conséquences.
Et après, penser à pire que soi, y'a toujours pire que soi, rebalancer ça n'a jamais fait de bien à quiconque.
Et moi aussi, l'amniocentèse, je l'ai vécue avec une telle angoisse (et encore, j'ai eu les résultats assez rapidement) que cela m'a marquée pour toujours. En fait, je crois meme que cet examen a une influence, même minime, dans les relations avec mon fils.
Sinon je me souviens d'un cours de psycho à la fac, la prof disait que c'était "normal" de vouloir jeter son bb par la fenêtre, mais que justement l'équilibre était de ne pas le faire, même si l'envie était là.
Personne n'est parfait(e), et heureusement!
Je suis d'accord avec toi sur les niaiseries et le ton neuneu, c'est pas parce qu'on parle de bébés ou d'enfants qu'on doit employer un vocabulaire edulcoré et un paradis sans limites...
Rédigé par: alix | 23/05/2007 at 07:56
J'aime la photo !
Rédigé par: dja | 23/05/2007 at 08:44
Mon premier commentaire est parti trop vite. Mais finalement c'est pas mal qu'il ne commente que la photo. Elle a la "force" des autoportraits.
Moi je fais partie de celles pour qui la grossesse et les premiers mois (notamment pour la première) ont été très angoissants. Impression que tout m'échappe, de trop plein, pas tant physique car j'aimais mon corps rond, mais surtout psychique. Et le corps médical "m'enfonçait" davantage en balayant mes angoisses à coups de "c'est normal ce qui vous arrive", "prenez un peu de sédatif pc et vous verrez ça ira mieux", "arrêtez de vous angoisser" (ah, fallait le dire...).
Mais je crois que ce qui a été (est) le plus difficile pour moi c'est le retour, le plongeon tête la première dans ma propre enfance.
Et ça, je ne m'y attendais pas.
Rédigé par: dja | 23/05/2007 at 09:05
Je comprends, et ressens bien ce que tu décris;
je le vis, j'ai trois enfants.
Mais le premier sentiment qui me vient à l'esprit là c'est :
nous sommes
(nous : femmes et mères, nées de ce (bon) côté du monde) de petites filles gâtées, qui avons le temps de se poser, pour savoir si oui ou non j'ai envie de passer mon gamin par la fenêtre.
Si ce mal être est dû aux hormones, aux mômes, à leur père ...
décalage, autre planète, sentiment bizarre ...
Rédigé par: Christèle | 23/05/2007 at 09:20
Magnifique autoportrait, très belle métaphore que cette photo.
Rédigé par: denise | 24/05/2007 at 03:33
Et s'il y avait des hommes pour commenter un peu?
Ils ne se précipitent pas. Bon, alors j'y vais.
Vous comprendrez que je ne vais pas donner de ma petite musique de conseils, je n'y connais rien moi à la grossesse et à la très petite enfance. Alors les conseils du mâle, puisque ainsi je me place dans l'hémisphère humain, vous vous en passerez très bien.
Des centaines d'années de pression sur les femmes pour les soumettre à cette loi mammifère, pression religieuse, pression sociale, pression masculine, et le dirais-je, pression biologique, des milliers d'années, sinon des millions, se cachent derrière vos révoltes, vos doutes, vos peurs.
Il importe de vaincre ces pressions. Et le travail du mâle commence dès cet instant. Voici quelques uns de mes aphorismes préférés sur la question:
Le corps de la femme appartient à elle seule, ce qui implique que le droit de l'embryon puis du foetus n'est autre que celui de la femme qui le porte; nul ne peut légiférer sur ce que la femme peut ou ne peut pas faire à ce qu'elle abrite et construit, nul ne peut porter le moindre jugement, hormis elle-même en toute liberté.
Ce qui signifie clairement que je considère le droit à l'avortement comme un droit absolu, jusques et y compris à la fin de la grossesse. L'homme n'a rien à dire à cet état de fait, qu'il soit le père, qu'il soit n'importe qui d'autre, président de la république ou pape. Son job est de constituer autour de la mère l'environnement qui lui donnera envie d'aller au bout de la fatigue et des vergetures. Pour ne garder que le plus véniel, pour ne pas tenir compte du merveilleux qui malgré tout existe, et pour ne pas penser au plus douloureux.
Après la naissance, le job du père continue de même, avec une proximité de plus en plus grande, selon un évolution des relations père-bébé qui sera plus ou moins rapide selon les couples, selon les pères. Je ne suis pas de ceux qui s'extasient sur le père transformé en nurse, il y a un temps pour tout, s'il faut le faire il le fait, mais n'enf aisons pas tout un plat. C'est parfois un alibi commode, sous prétexte d'aide ménagère.
Le père ne doit jamais oublier ses priorités fondamentales de père: surveiller les alentours, entourer la mère, créer l'environnement confortable, inventer le désir de mère. Après seulement il pourra changer les couches, donner le biberon à toute heure, et fermer la fenêtre pour ne pas jeter le bébé avec le chat; la transition est difficile et nécessaire, parfois rapide mais souvent lente. Inutile d'attendre, quand même, que le bébé ait dix-huit ans.
Tout le monde sait, ou devrait savoir, qu'une maternité n'est pas une merveilleuse vie de magazine mielleux, mais comporte son lot de pesanteurs. Il y a déjà longtemps qu'on a dit que l'instinct maternel est de la bouillie pour chats. Surtout sous la forme qu'on tente de vous le vendre, images d'Épinal à la clé.
Le merveilleux vient de surcroît, et pas toujours. Il viendra d'autant plus sûrement que le père aura bien fait son job, sans rien exiger, sans rien imposer, sans s'immiscer trop vite, sans fuir non plus. Voilà.
Il fallait bien qu'un mâle s'aventure par ici, non?
J'ai très bien parlé, maintenant yapuka.
Rédigé par: andrem | 24/05/2007 at 04:04
Le truc le plus idiot à entendre, je trouve c'est "La grossesse n'est pas une maladie"...
Et non, c'est sûr, mais ce n'est pas anodin, ce n'est pas facile, ce n'est pas à traiter avec désinvolture..
Et ça me rassure de savoir que c'est normal d'avoir envie (au moins 1 fois) d'envoyer bébé par la fenêtre.
Pas complètement mère indigne...
Rédigé par: Soeur Anne | 24/05/2007 at 04:51
Bonjour Sophie,
Je viens d'apprendre que j'étais enceinte et je vois bien qu'on s'attend à ce que je sois très heureuse mais pour l'instant, je suis plutôt très angoissée et pas forcément émerveillée des changements que cette grossesse pourtant désirée va apporter dans ma vie. Pour l'instant, je ne vois pas les bons côtés, plutôt les mauvais et je me sens bien seule.
Donc voilà, ça m'a fait du bien de te lire.
Une lectrice assidue
Rédigé par: Une lectrice assidue | 24/05/2007 at 04:57
Bonjour !
je viens de découvrir votre site, de le parcourir un peu ...
Et de lire cet article et quelques autres.
J'apprécie vraiment votre facon d'écrire, de raconter, de chercher.
Sur la grossesse, j'avoue que pour ma part, ej l'ai tellement atndue qu'elle a été un vrai bonheur, surtout la première. Même si, comme "l'home" du commentaire ci-dessus le raconte, je n'ai pas eu cela :-(
La seconde, je l'ai vécue differement, avec encore moins de participation du père.
Mais j'en ai un bon souvenir. Pour moi, c'est vraiment de bons moments, à profiter, car ne revenant plus ensuite ....
Les enfants, ensuite, comme tout le monde, on les mettrait bien à la poubelle, quand on est rincée, laminée par les soucis, ou par leur attitude, par la vie, par les autres aussi.
Mais cela ne dure pas vraiment, c'est surtout la lassitude, ou l'énervement qui nous fait déborder. Et surtout, tant que l'on ne fait qu'y penser, et ne jamais passer au actes, cela reste simplement "humain".
Le reste, c'est comme le reste de la vie, il faut affronté les problèmes du moment. a chaque age correspond ses problèmes, ses soucis.
Quand les enfants sont là, les problèmes les concernent bien souvent, mais tant d'autres s'y rajoutent, simplement par la vie d'aujourd'hui ...
Ensuite, les enfants partis, d'autres problèmes arrivent.
Il y en aura toujours.
Il faut juste les apprivoiser, et les affronter, en essayant de trouver la meilleur facon d'avancer.
bonne journée !
Je reveindrais, et vous met chez nous en lien ;-)
Sophos
Rédigé par: sophos | 24/05/2007 at 06:19
Que ce double portrait est beau !
"si on entend des voix ?" zut, j'ai pas eu de questions drôles comme ça...
Rédigé par: periwinkle | 24/05/2007 at 06:59
bravo et merci Andrem !!!
je fowarde immédiatement au père concerné !
Rédigé par: Christèle | 24/05/2007 at 07:19
Bonjour!
Joli portrait, avec le p'tit homme sur les genoux.
J'aime bien ce billet et vos commentaires, moi qui me pose la question de faire un bébé ou pas. Qui devine, soupconne le lot d'embûches, le remu-ménage psychologique, la peur, les douleurs, l'angoisse sous le miel navrant délivré par le plus grand nombre.
J'arrive parfois à soupconner la sincérité des sentiments des gens qui demandent *innocement* et le bébé, c'est pour quand?
Très envie de leur répondre, tu veux savoir quand exactement je renonce et m'engouffre dans le même abyme que toi?
Je n'ose pas, enfin pas toujours.
Et je sais aussi pertinement qu'il y a cet amour unique qui les relie à leurs enfants, je le sens dans leurs peaux, dans leurs gestes, dans leurs yeux, dans les mots avec lesquels ils évoquent et là, je sens qu'ils ne mentent pas, qu'il y a une porte qui s'est ouvert avec une lumière chaude et vibrante derrière. Forcément, elle trouble et attire un papillon comme moi :)
Rédigé par: Yuna | 24/05/2007 at 09:05
Lectrice assidue : y'a un truc fabuleux pendant la grossesse : les hormones on peut dire pis que pendre à tout le monde, personne ne se vexe ce sont les hormones. C'est le moment où jamais d'être infecte ! Pour ma première grossesse ça m'a fait un bien fou... Chéri s'en souvient encore !
Yuna j'hésitais tellement, j'avais si peur de me perdre, de m'empêcher de bouger, de m'encroûter et au final je bouge encore un peu, c'est juste un peu plus compliqué...
Rédigé par: sophie | 24/05/2007 at 19:52