Je suis assez accablée par l'attitude des autorités françaises vis-à-vis des blogs ces derniers temps. D'un côté, des blogueurs triés sur le volet sont invités au même titre que la presse à des événements publics, de l'autre on persécute individuellement des opposants politiques ou des proviseurs. Comme l'écrit Christophe Grébert le problème va au-delà de son cas particulier, c'est la liberté d'expression qui est en jeu. Je pense qu'il a raison et déjà tort. Parce qu'il n'y a pas de liberté d'expression en France tout simplement.
Et la presse me direz-vous. Oh oui et la presse qui reçoit en échange de son éthique tout une série d'avantages censés assurer sa liberté. Rassurez-vous, nos dirigeants en prennent aucun risque, elle se musèle elle-même. Clientélisme, crainte de perdre un lectorat, mépris des opinions publiques. Je n'oublierai jamais Olivier Mazerolles invité chez le médiateur de France 2 expliquer serein qu'il nous épargnait par pure passion de son métier les discours des petits candidats parce que personne n'avait envie de les entendre. Rappelez-vous le scoop Mazarine ou le procès Elf, pétards mouillés quand la plupart des responsables sont morts !
La France aime les notables et les institutions points de passage et de contrôle obligés. Du coup, les blogs phénomènes explosifs mettent tout ce beau monde mal à l'aise. A commencer par les journalistes qui (heureusement il y en a pour sauver l'honneur) nous pondent de grands poncifs sur le manque d'éthique et les dangers du blog. Il nous fallait à tout prix une loi pour réguler cette expression, non mais. Nous l'avons, mêmes responsabilités que la presse, aucun droit. Et puis, surtout il faut surveiller tous ceux qui mettent en cause les Institutions. Les mettre à genoux pour l'exemple, les autres rentreront dans le rang, attention l'anonymat ne vous protège pas : cas Garfield. Attention, être un contribuable ne vous permet pas de critiquer la gestion d'une ville : cas Grébert. Peu importe que tous les journalistes français soient au courant depuis une bonne décennie du délire putoélien. Les Hauts de Seine sont un département sensible, un ministre y vit. Tout le monde au garde à vous.
On va même jusqu'à expliquer aux parents à quel point les blogs sont dangereux pour leurs enfants. J'ai l'impression d'entendre les mêmes arguments bidons que ceux sur le cannabis. A force, d'avoir cherché l'argument massue, nous sommes passés à côté du plus important. Il aurait fallu leur parler du plaisir trouvé dans ses drogues et du danger de décrochage d'un grand nombre d'ados dans leurs études mais non dire la vérité était dangereux. Villages potemkines de la propagande. Internet n'est ni plus ni moins dangereux que la rue, on y trouve les mêmes cinglés, les mêmes prédateurs ou dépravés. Puisqu'on ne peut y échapper ne serait-il temps d'apprendre à les affronter ? Il est plus simple d'interdire pour protéger. N'oubliez pas c'est pour votre bien.
Il est aberrant que la sexualité des personnes soit encore des sujets de discussion en 2006. Dans la mesure où il s'agit d'adultes consentants, c'est un sujet qui devrait rester privé. Je me soucie peu que la directrice d'école de ma fille soit lesbienne, divorcée ou partouseuse. Je m'inquiète davantage de ses capacités à diriger une école et à comprendre les besoins d'un demi millier d'enfants. Et je souhaiterais que les responsables de l'EN passent plus de temps dans les établissements à comprendre leurs fonctionnements et les dangers encourus par les enseignants et les élèves qu'à traquer les fonctionnaires et dévoiler leur identité de blogueur. Les Chinois censurent certaines plateformes et ont créé une police de l'Internet. La France pays des Lumières devrait choisir la position exactement inverse. Rassurez-vous, il n'en est rien. Vous pourrez continuer à exprimer vos frustrations et ennuis de voisinage en toute liberté, et un matin votre voisin de blog plus cynique ou fonctionnaire tombera sous un prétexte fallacieux. Il n'ira pas en prison, il perdra son job, son logement, tout en quelque sorte et vous ne le verrez plus. Mais qu'importe ce n'était que votre voisin.
Surtout n'oublions d'évoquer les dangers d'une liberté réelle d'expression : on prononcera alors les terribles mots d'anarchie, de diffamation. Rien n'est moins vrai. La liberté implique ses propres contraintes. Notamment celle d'assumer ses propos et d'être capable de les démontrer. C'est la raison pour laquelle, je trouve finalement que le procès de C. Grébert est une bonne chose; ses propos vont devenir officiels, il pourra se dédouaner et prouver ses dires. A condition que les juges soient libres eux aussi, ce qui est un autre sujet.
" Mais qu'importe ce n'était que votre voisin. " Oui mais si c'est le boulanger, on ne mange plus de pain ! ...
Rédigé par: en campagne | 20/01/2006 at 11:00
Oh la la et moi je viens de mettre un bandeau de pub sur mon site et je passe déjà pour la grosse capitaliste qui monnaye son audience.. help !
Rédigé par: Christie | 20/01/2006 at 12:07
j'ai pas compris ... ça veut dire koi exactement?
ça veut dire k je suis 1 criminel? 1 agitateur politik?
Rédigé par: nelsonmateus | 20/01/2006 at 21:15
En France, si tu as un blog tu es considéré comme un directeur de publication, tu es donc responsable de ce que tu écris et des commentaires. Ca c'est la loi. Mais en plus, si tu es fonctionnaire, tu as un devoir de réserve, on peut donc te destituer ou te sanctionner sans passer par la case pénale. Même si tes écrits sont faits de façon anonyme, ce qui était le cas pour le proviseur qui a eu des ennuis.
Par contre, au Portugal je n'ai aucune idée de la législation et des positions des différentes administrations sur le sujet.
Rédigé par: sophie | 20/01/2006 at 21:21
Je ne comprends pas que tu puisses mettre dans le même sac, au nom de la liberté le cas du proviseur et le cas de Grébert.
En effet, je trouve le cas du proviseur beaucoup plus litigieux: qu'un élève ou un enfant tombe par hasard sur le site X et parait-il très chaud, de son proviseur, rien qu'en tapant le nom de son lycée sur un moteur de recherche, je trouve ça plus que limite.
Ce Monsieur aurait pu avoir le bon gôut de rester anonyme. Comment veux tu respecter un type qui te donne des lignes de conduite à l'école quand tu le vois en string ( ou pire) sur internet ? Je me moque effectivement de ce que font les enseignants de mes enfants en dehors des cours, mais je n'éprouve surtout aucun besoin de le savoir.
Rédigé par: bea | 23/01/2006 at 06:39
Il y a deux choses impossibles dans ton hypothèse Béa : un enfant en tapant le nom de son lycée aurait eu pu de chances de tomber sur un site X, parce que Garfield était bien sûr un pseudo et que le blog en question n'était ni chaud ni X. C'est le paraît-il qui est dangereux. Le proviseur ne faisait pas de secret de son homosexualité mais rien qui puisse mettre en danger la moralité des enfants de son établissement. Il a fallu vraisemblalement qu'il soit dénoncé pour qu'on le trouve. Je n'ai jamais vu Garfield en string ni autres tenues exotiques mais j'ai du râter quelques postes ! En fait, j'accorde mon respect aux gens qui édictent des règles de conduite qu'ils suivent et qui sont compétents. D'après le soutien des parents d'élèves et de ses collègues et ses postes, il prenait réellement à coeur son métier. Je suis tout-à-fait d'accord qu'on sanctionne les enseignants sur leur compétence pas sur une rumeur ni leurs prétendues activités sexuelles.
Rédigé par: sophie | 23/01/2006 at 07:38
Je n'ai pas eu du tout la même version que toi de cette histoire...donc pas de commentaire supplémentaire
Rédigé par: bea | 23/01/2006 at 12:27
Bravo! On dirait qu'il souffle ici un vent de bon sens tel que la France n'en a pas connus depuis des décennies. Car vous avez vu juste. Il n'y a pas, en France, de liberté d'expression. Et pour cause la France n'est pas une démocratie. Quelle énormité devez-vous vous dire! La France, pays des lumières, ne serait pas un démocratie? Et pourtant, et pourtant, regardez autour de vous, voyagez, comparez et vous réaliserez que la France est tout sauf un pays de liberté. Moi je l'ai quittée, cette maîtresse possessive, pour des cieux plus cléments, pour un pays beaucoup plus proche de mon utopie anarchique...
Rédigé par: Nono | 17/06/2006 at 17:28