15/05/2008

Home sweet home

J'espérais un retour en fanfare mais je savais qu'il risquait de se conduire comme sa soeur au même âge et ne pas m'accorder un regard. Et bien le petit monstre a parfaitement suivi la ligne familiale, il est passé devant nous, nous a balancé sa voiture par terre et s'est réfugié dans les bras de Calina désolée pour nous.

Puis une petite heure plus tard, il est revenu dans le bureau, s'est installé sur mes genoux et y a passé le reste de la soirée. Sachant que je suis complètement aphone, il a fait la conversation imitant à la perfection mes petits cris rauques. Eloïse nous accordé un câlin de bienvenue avant de filer jouer avec ses cadeaux. Elle est ensuite, bien plus tard, venue me dire que nous lui avions manqué et nous annoncer ses bonnes notes aux examens bimensuels. Il ne nous ont épargné ni le chaos du bain ni l'agitation du coucher. De braves petits.

Coquin (c) SB

La maison est bien chaude, le lit est confortable. C'est la première fois depuis longtemps que je suis contente de rentrer.

07/05/2008

La vie est belle

Nous sommes partis vers les Keys, Miami et New-York. Je sais que la probabilité est très faible mais si des lecteurs veulent nous rencontrer entre samedi et mardi prochain à New York qu'ils n'hésitent pas à nous envoyer un mail.

C'est parti, nous retournons vers le soleil et le printemps !

06/05/2008

Maman veut que je raisonne...

Nous avons maintes fois essayé de faire preuve d'empathie avec notre fille pour comprendre ce qui lui passait par la tête. Au début, le résultat de nos recherches nous a vraiment effrayés. Eloïse n'avait pas de motivation claire ni même de début de raisonnement. Elle fait les choses parce qu'elle en a envie. Sur le moment et, comme les pingouins, elle oublie pourquoi elle court.

J'ai mis beaucoup de temps à admettre cette hetérogénité de développement qui me paraissait être une insulte à son intelligence. Comment une enfant si vive pouvait être aussi stupide et se mettre dans des positions embarrassantes voire désagréables sans même s'en soucier ? Il m'a fallu admettre que je raisonnais comme une adulte au développement (plus ou moins) terminé. C'est justement le mot qui manque : raisonnement. Aussi intelligente soit-elle cette enfant n'a pas de projection à long terme. elle se soucie du lendemain comme d'une guigne et satisfait ses pulsions instantanément. Ce qui est pris n'est plus à prendre. Heureusement avec le temps qui passe, elle pense un peu plus mais rarement suffisamment longtemps pour admettre que nous allons forcément être au courant et qu'elle sera forcement sanctionnée.

C'est un jeu de coûts/bénéfices assez pénible pour des éducateurs mais qui a l'air intéressant pour elle. Comprendre cet aspect des choses nous aidés à modifier nos rapports avec elle. Nous centrons nos remarques et nos punitions sur les conséquences inévitables de ses actes et sur le fait qu'elle a scié (encore et encore) la branche sur laquelle elle s'est assise. Cette approche peut paraître assez amorale mais je constate quotidiennement que la morale infantile dans cette maison passe par des postulats assez souples surtout quand il s'agit de respecter les autres. Je sais aussi que les sermons grandiloquents de plus de 5 minutes sont aussi utiles qu'un emplâtre sur une jambe de bois. Je fais donc dans l'utile en m'efforçant de penser que c'est pour son bien autant que pour le nôtre. Et j'encourage tous ceux qui ont mal digéré quelques ouvrages de vulgarisation de psychologie à garder pour eux leurs lumineuses inepties c'est déjà assez dur comme ça...

Lolo (c) SB

05/05/2008

Après la pluie, la pluie

Bien sûr quand Lolo est rentrée nous étions remontés à bloc. Nous avions déjà une liste longue comme le bras de punitions éventuelles. Et nous lui sommes tombés dessus comme un mur de briques. Je doute qu'elle ait saisi sur le moment la gravité de son acte. Elle avait l'air assez effarée de notre réaction et face à notre colère. Nous avons passé le week-end à le lui faire comprendre. Au début, elle a suivi son comportement typique qui est de refuser de parler des événements. Mais cette fois-ci, chacun notre tour, nous sommes revenus à l'assaut jusqu'à lui faire admettre qu'elle ne pouvait pas continuer à extérioser autant sa rage.

Ma conversation avec le reponsable des transports a fortement dédramatisé le contexte. Il semblerait que tout le monde s'était mis de la partie pour s'agiter ce jour-là. Ce qui ne dédouane pas ma fille d'être la seule à avoir franchi la limite de lever la main sur les autres. Heureusement, elle aime tellement sa nouvelle école que la menace de la suspension a été la pire pour elle. Surtout que nous lui avons rappelé que la seule option qui s'offrirait alors à nous serait de l'envoyer en internat dans un collège des Andes où elle devrait skier pour se rendre au réfectoire. Skier sa version personnelle de l'enfer, il semblerait. Elle a écrit en trois langues des pages entières de promesses de comportements meilleurs, et, pour la première fois depuis que son grand-père est parti, nous avons rejoué avec elle sur la plage. C'est sa façon à elle (d'une stupidité effarante) de nous faire payer l'expatriation. A chaque fois qu'un visiteur s'en va, Eloïse ne verse pas une larme mais se conduit n'importe comment pendant au moins deux semaines. J'espérais qu'avec ses sept ans, elle s'assagirait, j'étais loin du compte. Les pendules sont donc remises à l'heure jusqu'au prochain déraillement.

Sur la plage (c) SB

02/05/2008

Les fauves

Hier en commentant mon blog avec mon mari (oui nous avons des activités passionnantes), nous n'étions pas d'accord. Olivier me trouvait bien sévère sur nos capacités parentales et me faisait remarquer que notre fille avait fait d'énormes progrès. Et j'ai failli faire l'erreur fatale à de nombreux parents: m'attendrir. Les enfants sont comme les lions en cage. Ils ne bougent pas, observent, baillent de temps en temps. Vous croyez que vous allez les faire lever avec votre fouet. Ils se marrent. Mais derrière cette attitude pateline se cache le vrai fauve. Qui attend tranquillement que votre main tremble, que vous ayez confiance ou toute autre attitude fortement léthale en sa présence. Et là mine de rien, il se lèvera, s'approchera de vous et vous dévorera vivant sous les vivats de la foule. Non je n'ai pas arrosé mon maté de calva. Je suis un vétéran survivant d'une séance de dressage qui n'en finit pas.

Ma petite souris (c) SB

Relâche-toi me disait mon mari, les enfants progressent et je m'endors en pensant à leurs têtes blondes et aux sourires de ma fille encore joufflue à 4 ans. Et, ce matin, comme une petite claque vive et désagréable un email de la maîtresse de Lolo. Imaginez-vous que ma fille se prend pour une espèce de mafieuse et tape (si tape) les élèves plus petits et les professeurs. La classe. Ils sont en train d'envisager de la suspendre. Et me voici appelant le responsable des transports pour m'excuser auprès des professeurs et parents d'élèves concernés. En ce moment, je ronge mon frein. J'ai une petite théorie sur comment faire que les enfants vous obéissent. Et lui faire passer le pire week-end de sa vie fait partie du plan.

En mouvement (c) SB

01/05/2008

Maximus

Ca va finir par devenir une habitude, je me suis encore retrouvée à une réunion avec l'institutrice. Pour parler de Maxence cette fois-ci. Notez que changer de sujet n'a pas changé le fond de la conversation. Mon fils ne s'intéresse qu'à ce qui lui convient. C'est curieux me dit miss Lili comme il ne se soucie absolument pas des règles ni des autres. Le plus court chemin d'un point vers un autre est sa ligne droite et il renverse tout ce qui le gène. Pendant qu'elle parlait je visualisais mon fils comme un éléphanteau et je me disais que nous étions sévèrement partis en vrilles sur le choix des prénoms. Max "le plus", évidemment parfois c'est aussi le plus remuant.

Que faites chez vous pour vous faire obéir ? me demande gentiment Lili. Je n'ose pas lui dire, que justement nous ne faisons rien. J'ai renoncé après des années de luttes avec l'aînée à me faire obéir. Je regarde avec envie les enfants des autres si propres et si ordonnés. Je suppose qu'il s'agit d'une loterie et que c'est la faute à l'ironie du sort. Comment peut-on se faire obéir d'un enfant ? En limitant les règles. Numériquement forcément vous limitez les transgressions. Ce n'est pas glorieux mais c'est bien plus efficace que les glapissements du dimanche soir dont je suis lasse. Oh mais non je ne suis pas une maman laxiste. Pendant les années à venir, je punirai cet enfant, je tenterai de lui expliquer autant de fois que nécessaire qu'il doit se plier aux lois familiales et sociales. Je le regarderai cogner encore et encore sur les murs de rage et, un matin de sa huitième année, quand de lui même il ramassera un objet par terre et ne claquera pas la porte, je me dirai que finalement ce n'était pas en vain.

J'ai du le dire à voix haute, elle avait les yeux écarquillés. Vous êtes brave m'a-t-elle dit, vous savez ce qui vous attend et vous restez calme. Nous avons beaucoup de primo-parent ici et ils se découragent facilement ou dénient carrément ce que nous leur annonçons. Les pauvres ils ne connaissent pas les terribles deux ans, ni la catastrophe des trois ans, ni la rebellion des 4, ni l'insolence d'après. Remarquez c'est mieux ainsi sinon personne ne se lancerait. Mais vous savez me rassure-t-elle il y a quand même deux choses qui le calment. Ah oui ? Oui les percussions et la nourriture. Tout n'est donc pas perdu.

Musico (c) SB

29/04/2008

L'esprit de famille tu n'as pas....

Vous allez sans doute trouver qu'ils nous manquent quelques neurones paternalistes mais nous avons des projets pour l'Après. Quand enfin le nid redeviendra vide et silencieux. Nous rêvons avec Olivier de procéder à des échanges de maisons et de partir plusieurs mois d'affilée vers des destinations exotiques. Retrouver le plaisir de voyager sans nous soucier des malles, des conteneurs et autres joyeusetés. Nous retrouver sans doute aussi. J'ose à peine en parler tant nos envies sont différentes de ce que nous observons ici.

Tous nos amis autour de nous ont des enfants plus âgés, souvent adultes qui vivent chez eux. Et j'observe incrédule mes amies qui refusent de sortir parce que leurs fils aînés de 25 ans et plus dorment chez elles ce soir et "il faut qu'ils mangent quelque chose de sain dans la semaine". Je ne commente jamais mais j'apprends sans surprise que lesdits enfants ont passé la soirée au téléphone ou enfermés dans leur chambre. Soyons honnêtes elles-mêmes au même âge n'auraient pas qualifié une soirée en tête-à-tête avec leurs parents comme une partie de plaisir et je ne saisis pas bien quelle est la nouveauté. Tu ne peux pas comprendre me disent-elles tu n'as pas l'esprit de famille. C'est certainement très juste. Je n'ai pas l'esprit de famille.

Songeuse (c) SB

Du coup, un peu méfiante, je prépare le terrain avec ma fille. Alors qu'elle me parlait de ne plus jamais manger de ma soupe, je lui faisais remarquer qu'elle sera autorisée à consommer ce qu'elle voudra dans sa cuisine. Temps d'arrêt de ma fille. "Je ne sais pas". Là, j'ai comme un frisson d'angoisse. Tu ne sais pas quoi ? C'est compliqué d'avoir sa cuisine ? Je suis partagée entre l'envie de lui dire la vérité et l'importance de ne pas la décourager. Ca dépend des fois (vous noterez la Normande atavique). Ce serait plus simple que je continue de vivre avec toi et que j'aille au restaurant quand tu fais de la soupe non ? Ne pas perdre mes moyens, ne pas paniquer. Oui mais c'est le cours logique de la vie quitter un jour ses parents. On verra répond-elle songeuse. Je commence à me dire que mon voyage au Japon va être repoussé aux calendes grecques. Serait-ce une espèce de punition divine du genre l'esprit de famille tu n'as pas, enfants pot de colle tu auras ?

28/04/2008

Mysteria Lane

Une amie m'avait prévenue "méfie toi des mère d'élèves, elles s'ennuient, elles s'inventent des histoires". J'ai quand même rompu mon habitude d'oursonne mal léchée pour aller dans un bar avec plusieurs d'entre elles parler de nos progénitures. Prétexte énorme pour décourager les maris de venir. Nous n'avons même pas évoqué nos petits monstres. Elles parlaient plutôt de leurs maris qui m'ont paru incroyablement infidèles et machistes. Au début surtout, parce qu'après plusieurs pisco sours je les trouvais tragi-comiques. Que voulez-vous j'ai l'alcool joyeux.

Le lendemain ma migraine persistante et l'odeur de tabac dans mes cheveux m'ont fait jurer un peu tard qu'on ne m'y prendrait plus. Jusqu'à la prochaine invitation, je ne sais pas résister à une invitation, ce doit être mon côté vilain petit canard qui ressort. Pendant que je dégrisais d'autres mères mal intentionnées se sont réunis pour jurer, sur leurs grands dieux, devant les carabiniers que leurs enfants avaient été menacés avec une arme dans l'enceinte de l'école par le directeur. Imaginez le scandale ! D'un simple pistolet nous étions passés en quelques mails à un lance missile, pour apprendre finalement qu'il s'agisait d'une arme en plastique qui n'a jamais été menaçante mais plutôt confisquée. Tout ça pour ça... Et j'ai repassé mes matinées avec mes nouvelles copines dans un Espagnol de compétition le tout avec ma migraine bien méritée...

Hors sujet (c) SB

Cette semaine devrait être plus calme comme nous l'a annoncé le directeur soulagé que la presse à scandales le laisse en paix faute de preuves. Joli-Papa a laissé la maison bien vide et un Maxou un peu désorienté qui le cherche partout. La pluie a reverdi la campagne après 8 mois de prières, les radiateurs sont arrivés, la maison est douce, Eloïse prépare ses examens bimensuels. C'est beau l'automne au bord de la mer.

23/04/2008

L'enfer domestique

Rien ne nous arrête avec Joli-papa nous voici en train de démonter la machine à laver. Y a-t-il une raison objective pour qu'au XXIème siècle ces foutus appareils ménagers ne soient qu'un ensemble hideux et complexe de tubes et de fils inaccessibles ? Pourquoi aucun ingénieur allemand n'a encore découvert la trappe magique qui permette d'accéder directement au truc qui coince ? J'ai ma petite idée sur la question qui implique directement le lobby des réparateurs de machines qui une fois sur deux vous refourgue une machine neuve au prix du caviar.

Tous fiers de nous, nous avons trouvé la panne, en l'occurence une boule de cheveux et de piècettes. Mais la machine n'a pas du tout envie de retourner travailler. Maintenant nous sommes comme deux crétins incapables de la refermer. Et je viens d'y passer la matinée, pour découvrir en retournant travailler que des sagouins ont piraté mon site et que je dois corriger un petit millier d'entrées à la mimine. Sagouins que j'ai fortement envie de passer à la moulinette comme le concepteur de ma machine à laver qui n'a JAMAIS fonctionné plus d'un mois d'affilée.

Brèfle, hormis ces quelques désagréments, le Colonel profite de ces derniers jours ici, de la cheminée qui fonctionne à plein régime pour chasser le brouillard, et du marché quoi nous permet de nous baffrer de fruits frais et de respecter, en la multipliant par cinq, la règle des 5 légumes frais par jour...

La féria (c) SB

18/04/2008

A la recherche du veau perdu

Avec Joli-Papa nous avons arpenté les environs. Et, bien sûr, nous l'avons emmené sur la plage des dahuts. Il y avait là un car d'Allemands retraités, enthousiastes, à la recherche eux aussi du loup de mer bien dépités de ne pas en trouver. J'ignore si tous les Allemands sont des grands enfants mais ceux-là ont rapidement trouvé à s'occuper avec les jumelles amenées pour l'occasion et ils se sont lancés dans de grands commentaires emballés et admiratifs sur la hauteur des vagues et la beauté de la baie.

Tandis que nous restions les yeux écarquillés à la recherche d'animaux mythiques. J'ai donc développé devant Joli-Papa ma théorie de l'animal attrape touristes. Mais mon beau-père n'est pas colonel pour rien. On ne la lui fait pas à lui la blague de l'animal marin timide. Et dès le lendemain, il repartait à l'aube sur la plage. Téléphone en main, il m'a appelée tout fier trente minutes plus tard pour nous faire entendre le cri du mâle. Impressionnant ma foi. 6 mois que je vais tous les jours sur la plage pour les apercevoir et en deux jours mon beau-père tombe sur un troupeau d'une quarantaine de bêtes. J'étais affreusement vexée. Je suis allée prendre des photos pour en avoir le coeur net ... Je vous le confirme ils sont nombreux, gros et gras, et ils poussent des cris affreux. Très surfait tout ça.

Lobos_del_mar

15/04/2008

El caracol loco

Il ne nous manquait plus que ça. Mes cartes bleues volées dans mon sac et utilisées dans une station service avec une signature très bien imitée. Ce n'est pas le plus gênant. Ce qui m'irrite c'est que ce vol a eu lieu pendant que je parlais avec une amie dans sa boutique. Et c'est la seconde fois que des cartes disparaissent mystérieusement chez elle. Nous avons donc refait tout mon emploi du temps et nous soupçonnons fortement quelqu'un. Et de savoir sans savoir me rend dingue.

Je voudrais pouvoir la confronter et lui dire tout le bien que je pense des voleuses. Je suis obligée de me taire et d'attendre le bon moment pour la confondre. Pour me calmer, je suis allée prendre un café en terrasse. Il y avait garé devant moi un campingcar immatriculé en France : el caracol loco (l'escargot fou) rempli d'une famille de Français qui ont pris un an sabbatique pour visiter l'Amérique du Sud. Ils nous ont dit que c'était assez courant. Ils étaient à quelques mois de rentrer chez eux et, visiblement, ils avaient hâte de retrouver leur maison et la France. En les écoutant, je me disais que je serais bien incapable de rentrer. C'est toujours le retour qui est le plus difficile avec moi. Et ma grand-mère qui, hier encore, me demandait quand je me déciderais enfin à rentrer au bercail...

Chez moi  (c) SB

14/04/2008

La crise

C'est étrange cette sensation de ne jamais sortir de la crise. Avec ce petit homme qui faisait la chasse au gaspi sur les portes de l'école. Il fallait penser à éteindre les lumières, les chauffages. J'entendais des conversations que je ne comprenais pas sur le prix du baril et l'OPEP. Je visualisais un gros baril sur pieds avec un turban dans des déserts de sable. Il me faisait vaguement peur. Ce devait être à cause de lui qu'il fallait soigneusement fermer la porte. Les choses allaient s'arranger forcément. Trente ans plus tard, je commence à douter de l'issue heureuse.

Papudo (c) SB

Inévitablement, je comprends bien mieux les enjeux. Je sais que les maisons ne se réchauffent pas à la seule force de la volonté. Ici l'énergie est très chère. Et l'hiver s'annonce désespérement sec et rigoureux. Nous avons fait rentrer le bois. Toutes ces sommes qui, littéralement, vont s'envoler en fumée. Le prix des légumes flambe lui aussi. Les Chiliens serrent les dents. La crise montrerait bien le bout de son nez. Et réapparaissent les autocollants de la chasse au gaspi les mêmes que mon enfance. Et nous faisons la leçon à Eloïse pour que les bains durent moins longtemps et que la lumière ne reste pas allumée toute la nuit. Et elle ne comprend pas tout. Qu'est-ce qui coûte cher dans un bain ? Le gaz pour chauffer l'eau, l'eau potable gâchée. Parce qu'on paye l'eau ? Paradoxalement tant d'innocence me réchauffe le coeur. La crise n'est pas encore passée par là...

10/04/2008

Nos villages Potemkine

Enfant, j'étais persuadée que la route qui se déroulait devant nous était construite par des petits magiciens qui devinaient où nous voulions aller. J'observais les champs de ma Normandie natale vierges de toute construction et j'écarquillais les yeux pour apercevoir les machineries complexes utilisées. J'ai cru tomber à la renverse des années plus tard en découvrant qu'un ministre russe avait eu le même genre d'idées. Comment ne pas tomber romantiquement amoureuse d'un peuple capable de produire de telles folies pour plaire à son impératrice ?

Bien des années plus tard, j'ai du admettre que j'étais avec de rêve d'enfant plus proche de comprendre l'âme humaine que je ne l'ai jamais été depuis. C'est peut-être la distance, l'ironie ou la folie qui approche mais, j'ai de plus en plus l'impression de vivre dans un monde de papiers où tout n'est qu'une question de postures. J'observe les gens affirmer leur spécialité, leur expertise comme ils disent, je les regarde gesticuler bruyamment. Nos dirigeants ne dirigent plus rien, leur élocution m'affole, leur syntaxe m'accable. Alors que j'ai une conscience douloureuse de mes lacunes, les leurs s'affichent avec toute la vulgarité de l'abruti satisfait. Ils ne doutent de rien matamores parvenus. Je me dis que je devrais parfois apprendre à crier plus fort qu'eux.

Parfois je les envie, les regardant jalousement affirmer haut et fort leurs certitudes. Certitudes et confiance en moi que je n'ai jamais été capable d'acquérir. Peut-être aurais-je du choisir une autre voie d'études, savoir que je ne savais rien fut la pire des croix. Pour faire écho au poste précédent et donner à Satmandi la maternité de la polémique, je croise de plus en plus de ces écrivains autoproclamés qui ont sous leurs bras serrés fort comme des trésors leurs écrits publiés qu'ils vous obligent à lire. Si je continue d'affirmer que c'est le lecteur qui fait l'écrivain, je dois par honnêteté intellectuelle préciser que c'est le lecteur volontaire qu'il s'agit de satisfaire. Pas ce panel biaisé et familiale ou amicale qui vendrait ses votes comme autrefois sur l'agora pour une miche de pain. Souvent fascinée, j'entends ces auteurs m'expliquer leur travail, leur recherches, leurs influences. Ils s'écrivent des reviews, se comparent sans vergogne. J'aimerais avoir un tiers du quart de leur culot. Mais je sais que ce qui les sauve, c'est leur posture. Ils croient plus que vous à leurs mensonges, c'est la colle de leurs villages Potemkine. Et la colle du mien ? C'est l'ironie.

Perspectives (c) SB

09/04/2008

Confidence pour confidence

Avec toute la passion que j'investis dans ce média, je dois bien reconnaître qu'Internet manque de mémoire. Paradoxalement tout s'imprime, même vos premiers commentaires émus, mais ce sont des strates indépendantes les unes des autres. J'observe avec une fascination agacée chez les nouveaux blogueurs les cycles d'engouement, de lassitude, d'abandon ou de distance échaudée. Et je relis les mêmes discussions encore et encore. D'ailleurs ce ne sont pas des discussions mais des guerres de tranchées. Et reviennent les mêmes mots exhibitions, impudeur, danger, dérives.

Rassurez-vous je ne souhaite pas ranimer la flamme loin de là. J'ai pris ma décision il y a longtemps et je suis bien plus têtue que vous. Oui bien plus têtue que ces mails qui m'enjoignent de m'expliquer ou ces reproches chargés d'une psychologie mal digérée.

D'une certaine façon, ça fait partie de l'exercice. Parce que l'essence d'un écrivain n'est pas d'écrire de jolies phrases ciselées sur son cahier secret. Ce qui fait un écrivain, c'est son lecteur. Je connais une jeune femme qui a passé trois années de sa vie à écrire un chef d'oeuvre selon son mari. Publie-le lui crient ses amis. J'ai trop de pudeur répond-elle. Ce n'est pas qu'une question de pudeur, il lui manque la folie, le courage ou l'inconscience de jeter en pâture à de purs inconnus ce qu'elle a de plus intime: sa part d'humanité. Elle écrit, ce n'est pas un écrivain.

Peu importe la fiction, l'âme affleure. Et pourquoi faudrait-il que ce soit vrai pour être touchant ? Souvent on évoque ma franchise. Je suis peut-être un homme vivant au Japon. Trouveriez-vous Maxence moins beau ? Ou au contraire me porteriez-vous aux nues pour ma capacité d'empathie ? On m'a déjà demandé si je mentais. Bien sûr, si je vous racontais tout vous baveriez d'ennui. Je concentre, j'illustre, j'insinue, je gomme les détails intéressants ou embarrassants. Ce que nous faisons tous les jours avec notre mémoire. On me parlais récemment de ce que je donnais. J'ai eu l'impression de frôler l'imposture, je suis celle qui reçoit.

Autoportrait (c) SB

08/04/2008

En vrac

Deux jours après le cambriolage se présente une personne de l'assurance, il emmène les factures, prend des photos et me pose des questions. Cette semaine nous recevons une lettre nous annonçant que nous ne serons pas indemnisés puisque nous n'avions fourni aucun document. J'ai eu comme une poussée de paranoïa en me demandant qui était l'agent en question. Et j'ai incendié la compagnie qui a, miraculeusement, retrouvé mon enquêteur mystère. Et les papiers ... mais il en manque certains et me voici, comme si je n'avais que ça à faire, à rechercher dans ma pile classée des duplicatas de factures.
Dans le même esprit, il a fallu à notre avocat 3 heures de discussion pour envisager l'état de démence de la propriétaire et renoncer à l'idée d'un accord amiable. Il était vraiment furieux en me racontant la scène.

Joli-papa est arrivé au Chili et envisage de s'y installer, nous l'emmenons dans des endroits secrets tandis que des bloggeurs globe-trotters ne trouvent pas le temps de poser leurs sacs le temps d'un café. (Je plaisante bien sûr).

Maxence se découvre une capacité de nuisance sonore sans corrélation aucune avec sa taille et nous pique des crises de rage d'au moins trente minutes en tapant sur tout ce qui l'entoure. Comportement qui terrorise son institutrice qui m'a convoquée pour m'en parler. Et j'ai fini assise sur une chaise de bébé. Qu'ai-je fait dans une vie antérieure pour être torturée de la sorte ?

Eloïse de son côté a vraiment bien progressé ces dernières semaines. Indépendamment de sa passion pour le lancer de boulettes. Elle est heureuse d'aller à l'école le matin et se prépare sans aucune aide extérieure. La dentiste l'a félicitée pour sa politesse (si si tout arrive). La micro (microbus) qui nous ramenait hier soir a redémarré beaucoup trop rapidement m'expulsant sur le trottoir et emmenant ma fille. Je ne pensait pas savoir le souffle de courir à côté en tapant sur les vitres et en insultant le conducteur. Finalement, j'ai récupéré ma princesse et j'ai agoni le chauffeur d'insultes quand il m'a demandé quel était le problème. Eloïse a beaucoup ri après en me disant que c'était drôle de m'entendre crier comme ça. J'ai fini par en rire aussi. Même si je n'aime pas cette mégère qui sommeille en moi. Dire que j'étais une fan de petit scarabée.

Coquine

Sinon tout va bien, nous tentons de nous débarrasser de cette crève qui traîne depuis plus de trois semaines et nous épuise. Toutes les plantes de la maison sont attaquées par des cochenilles poilues, laineuse ou baveuses et viennent de subir un traitement de choc. Il n'a toujours pas plu et nous continuons d'attendre pour commencer l'activité de la société que la Justice nous indique comment faire.

 

01/04/2008

Poisson de décembre

Je me disais bien aussi que je lisais des trucs étranges depuis ce matin mais avec mon début de grippe, je commençais à croire que la fièvre m'embrouillait l'esprit.

Nous sommes le 1er avril. Encore une différence culturelle, ici ça se fête en décembre. Oui on aime bien tout faire à l'envers dans l'autre hémisphère. Donc pas de blague, de poisson dans le dos. J'ai râté l'occasion de faire croire à Olivier que je suis enceinte de triplés. Ce qui ne le fait jamais rire.

Je pourrais essayer de faire tourner en bourrique Lolo mais elle ne me croit plus vraiment. J'ai bien essayé la semaine dernière le dinauséloïse qui ne mange que les fillettes qui s'appellent Eloïse de moins de huit ans mais elle m'a regardé avec un air désolé pour la bêtise de sa mère. Maman a-t-elle soupiré il faut arrêter de dire n'importe quoi. C'est incroyable comme les enfants sont sérieux de nos jours...
Sérieuse (c) SB

31/03/2008

Grosse fatigue

J'ai sûrement du présumer de mes forces. 14 000 kilomètres, deux déménagements, le travail, la maison, les plantes, la recherche d'un bien à acheter, l'appartement boulonnais qui tarde à être vendu et tous les petits soucis administratifs qui paraissent sans fin à mes oreilles fatiguées. Je ne regrette pas d'être venue, je me sens mieux ici que je ne me suis jamais sentie dans ma vie. Mais je suis lasse, lessivée, sans ressort et je ne suis pas la seule ce qui ne change rien. Avec l'arrivée de l'hiver, je n'aspire qu'à une chose, disparaître sous la couette pour quelques heures. Aussi inaccessible que l'Anapurna. Et puis les mini fauves sont en pleine forme, eux. Nous ne pouvons pas baisser la garde. Il nous reste la cure d'iode.

Renaca plage (c) SB

Et puis, un vendredi après-midi alors que je commençais à rêver de mon lit, la rencontre avec deux Français expatriés sur ce bout de terre. Une heure plus tard, nous parlions de vins, de bouffe et du bonheur d'être ici. Nous avons fini par admettre que nous n'aspirions qu'à un peu de paix loin de tout. Et de l'avoir dit, je vais mieux.

28/03/2008

Réunion

Me voici convoquée à une réunion avec l'instit de Lolo. J'ai très très moyennement envie d'y aller.

Premièrement parce qu'hier, soyons fous, mon mari a décidé de marcher sur la plage pendant une bonne demi-heure et maintenant mes mollets sont dans un alliage de béton très douloureux, et bien sûr le collège de Lolo est à un kilomètre de tout transport en commun et en pente (oui je sais l'avantage d'une pente c'est qu'au retour on la descend).

Deuxièmement parce que ma fille s'est faite toper à balancer des boules de papier hygiénique trempées dans de l'eau (faites que ce soit bien de l'eau) sur les toilettes des garçons. Ils étaient au moins une douzaine à le faire mais c'est la seule prise sur le fait. Et je n'ai pas envie de sourire devant une maîtresse indignée pour une excellente raison. Quelle gourdasse quand même.

Troisièmement, c'est un peu redondant, les réunions se font dans la salle de classe, ils nous font nous asseoir au bureau de notre fille, j'ai les genoux sous le menton ce qui tend mes mollets et me rappelle que les ballades sur la plage c'est niet.

Quatrièmement, je n'aime pas les réunions.

Mais je suis une maman responsable, donc j'y vais à l'heure et toute crispée je tente de trouver une position confortable sur la chaise d'Eloïse. Ouf Adeline ne me parle pas des exploits de lancer de boulettes de ma fille. Non elle a simplement besoin de mon aide pour aider Lolo à s'organiser et adopter une meilleure posture sur sa chaise. J'ai conscience que je suis vautrée, j'ai conscience qu'elle me regarde. Elle se dit qu'elle sait d'où ça vient, mais si je me redresse, je pleure. Millimètre par millimètre, je regagne ma dignité. Je parle lentement et lui donne suffisamment de travail pour qu'elle se concentre sur autre chose. Je serre les dents pour ne pas geindre ce qui casserai mon effet "droite dans ses bottes", mon royaume pour un bain chaud. Adeline est contente, nous nous comprenons bien malgré les barrières de la langue. Le mur crenelé et recouvert de barbelés tu veux dire.

Et elle s'empresse d'ajouter. Le plus surprenant chez votre fille c'est son refus absolu de l'autorité, avez-vous le même problème à la maison ? Nous tu veux rire ! Elle nous obéit au doigt et à l'oeil. Non je n'ai pas menti. J'aime bien cette instit, elle a parfaitement compris la mentalité de la môme et elle ne s'en laisse pas compter. Je suis presque rentrée sans boîter comme une mémée.


Ma Lolo(c) SB

27/03/2008

Les prématurés

Il y avait dans Libe récemment un article expliquant que près de 60% des prématurés ont des séquelles lourdes de leurs naissances anticipées. Je ne l'ai pas lu, cette étape de la vie de Maxou m'a angoissée pour le restant de mes jours pas la peine d'ajouter du grain à moudre à mon hypocondriaquerie maternelle.

Par contre, incidemment j'ai lu les commentaires et je fus très surprise de leur violence. A commencer par je suis préma et médecin, tous les prémas que je connais sont en pleine forme votre article est faux. Ca m'a rappelé cette discussion passionnante que nous avions eue sur la taille des Portugais "qui ne peuvent pas être petits puisque mon mari est grand et portugais"; passionnant et terriblement scientifique comme démarche. Bien plus évidemment que les chiffres fournis par les hôpitaux. La suite a davantage attiré mon attention, il s'agissait de ne pas "stigmatiser" les prématurés qui sont des bébés comme les autres.

Là je trouve que c'est injuste pour les mères qui vont connaître ce phénomène. Quand je suis arrivée à la maternité et que l'interne m'a annoncé que nous étions à 30 semaines et quelques jours, il m'a bien dit qu'il y avait des risques pulmonaires entre autres. J'ai choisi de ne pas l'écouter et de prendre au plus vite les injections de stéroïdes censées résoudre le problème. Olivier a fait des recherches sur Internet et connaissait toutes autres sortes de séquelles qu'il m'a sagement tues.

Et puis Maxou est sorti, je ne l'ai pas vu, je l'ai juste entendu. Je le suppliais en m'endormant qu'il tienne le coup. L'infirmière m'a dit, il est gros deux kilos (ce qui me fait penser qu'il aurait du en faire 4 à la naissance), Olivier m'affirme qu'il est beau. Et malgré tout ce que je savais, ce que j'avais lu, rien ne m'avait préparée à ce  qui m'attendait dans le service de réanimation. Un minuscule petit être en position foetale couvert de tubes et de câbles. Vous avez beau vous dire que c'est votre fils, quelque chose dans vos tripes vous hurle que ce n'est pas normal, qu'un bébé n'est jamais aussi petit, qu'il ne faut surtout pas le toucher. Le pire peut-être est de regarder autour de soi et de croiser le même regard perdu des autres mères dont les petits de quelques centaines de grammes luttent pour rester en vie. Les infirmières bien formées et mères elles-mêmes m'ont obligées à le baigner et à le porter dès le premier jour, elles n'arrêtaient pas de dire qu'il était juste plus petit. Clairement, elles ont dédramatisé la situation. Je m'y suis presque habituée. Quand mes parents sont entrés dans la salle, j'ai vu l'angoisse de mon père et la panique de mon mère et j'ai compris que pour eux aussi, il y avait quelque chose d'anormal.

Et puis quand nous sommes enfin partis de l'hôpital, j'ai reçu un courrier du service m'expliquant que petit bonhomme était plus fragile de la zone pulmonaire que les autres enfants et me donnant une liste de conseils et de symptômes à surveiller. Ils ne l'ont pas stigmatisé, ils l'ont protégé. Nous avons eu de la chance, petit bonhomme est d'une résistance et d'une vitalité qui confinent au surnaturel. Mais je continue à penser que les parents des prématurés ne sont pas des parents comme les autres et qu'ils devraient être davantage préparés et soutenus pour affronter la situation.

26/03/2008

Deux ans

Quand je vous ai demandé comment on élevait un garçon, vous m'avez dit : facile comme une fille sauf que parfois c'est différent. Très vrai tout ça. Parfois c'est très différent.

Bien sur, il ya des choses qu'on ne pouvait pas prévoir. Comme ce mois d'hôpital passé peau contre peau qui a créé un lien si fort que nous n'avons jamais rompu. Nous ne pouvions pas savoir non plus quel caractère le petit bout aurait. Un mélange de tendresse et de brutalité. Des heures passées à lire et la course dans la maison tout nu à l'heure du bain. Et ces sourires le matin, les fous rires de l'avant sieste. La joie de vivre et l'énergie contenues dans un coeur si gros. Un coeur qui n'a pas de fuite, ni de faille juste un petit bruit parfaitement anodin. Nous avions prévu la jalousie mais pas l'amour que ce petit être pouvait déclencher. Je n'aurais jamais cru possible de voir Eloïse aussi gâteuse. Ils ont choisi l'Espagnol comme langue fraternelle. Ils nous expulsent de leur bulle le temps de leurs jeux.

Yeux Maxou (c) SB

Et la dernière inconnue : la couleur de ses yeux. Pas le bleu de son père, rien d'approchant. Non tout vient de chez moi. Un petit clin d'oeil au regard de mon père auquel il ressemble tant.

Deux ans de surprises, le temps de tout réapprendre.